{"id":2287,"date":"2018-05-18T15:43:51","date_gmt":"2018-05-18T15:43:51","guid":{"rendered":"http:\/\/chroniquescolombiennes.fr\/?p=2287"},"modified":"2018-05-18T16:25:45","modified_gmt":"2018-05-18T16:25:45","slug":"moi-margueritte-1950-kg","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniquescolombiennes.chronosetkairos.org\/?p=2287","title":{"rendered":"Moi, Margueritte, 1,950 kg"},"content":{"rendered":"<p><strong>D\u00e9ambulations dans les rues de Colombes d\u2019une chihuahua curieuse.<\/strong><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">J\u2019habite \u00e0 Colombes, aux Vall\u00e9es, pr\u00e8s de la Mairie, du march\u00e9 et des commer\u00e7ants. C\u2019est pour cela qu\u2019ils se sont install\u00e9s ici, il y a maintenant dix ans, pour pouvoir vivre leur retraite pedibus. Chez moi, c\u2019est une maison prolong\u00e9e d\u2019un micro jardin juste \u00e0 ma mesure. Des arbres, des fleurs, de l\u2019herbe et une tortue qui, l\u2019\u00e9t\u00e9, passe ses journ\u00e9es immobile au soleil. Tout pour \u00eatre heureuse, si j\u2019ajoute leurs c\u00e2lins, leurs rires et leur amour pour moi.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Je suis arriv\u00e9e dans leur vie, il n\u2019y a pas encore deux ans. Plus dans leurs bras que les pattes par terre ! Parfois nous partons en balade, ce qui est assez rare, vues les conditions n\u00e9cessaires requises : pas de pluie, pas de vent, je les d\u00e9teste. Pas d\u2019arr\u00eats dans un magasin d\u2019alimentation : interdit aux chiens. Pourtant dans leurs bras personne ne me voit. Il parait que c\u2019est normal, je pense que non. Pourquoi y autoriser les trottinettes aux roues sales ? Parce qu\u2019elles ne font pas pipi, moi non plus ! Je suis \u00e9duqu\u00e9e et propre. Et surtout \u00e9viter les autres chiens. Aussit\u00f4t j\u2019aboie avec force pour les impressionner. Je ne suis pas certaine que cela fonctionne vraiment.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Avant de sortir, je fais ma chichiteuse. \u00c7a les \u00e9nerve quand je leur \u00e9chappe comme une savonnette mouill\u00e9e et que je cours dans toute la maison. Moi \u00e7a m\u2019amuse follement. C\u2019est un jeu de mettre le collier et la laisse non ? D\u00e8s la porte du jardin referm\u00e9e, ils me posent au sol, aussit\u00f4t je me mets au petit trot. A leur rythme, mais surtout au mien. Au bout de ma rue, il y a la circulation et les pi\u00e9tons. Je n\u2019aime pas trop. Vite s\u2019\u00e9loigner.<\/span><\/p>\n<p><b>Du haut de mes 26 centim\u00e8tres<\/b><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Il para\u00eet que c\u2019est une d\u00e9partementale, stationnement bilat\u00e9ral, zone rouge, circulation parfois dense, gros camions dont les vibrations me font peur, quelques r\u00e9troviseurs qui volent au passage. Il faut dire que des immeubles sont en construction et que les toupies, les parpaings, les mat\u00e9riaux doivent bien y \u00eatre livr\u00e9s.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Du haut de mes vingt-six centim\u00e8tres, je prends tous les gaz d\u2019\u00e9chappement dans la truffe. Quelle horreur cette pollution, sans compter tous ces pieds, ces chaussures. Le bruit des baskets qui crissent, les talons qui me vrillent la t\u00eate, les mocassins plus amicaux, sans parler des odeurs. Certains pieds m\u00e9riteraient un peu plus d\u2019attention. En revanche, j\u2019aime bien renifler les odeurs canines multiples qui jalonnent ma balade.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Elle m\u2019a dit qu\u2019avant les travaux, il y avait deux grandes maisons bourgeoises, que le temps avait pass\u00e9, et qu\u2019elles \u00e9taient presque \u00e0 l\u2019abandon. Les nouvelles normes de construction et d\u2019acc\u00e8s handicap\u00e9 rendaient les r\u00e9habilitations trop co\u00fbteuses, enfin je crois, alors que trouver comme solution ? Elle, c\u2019est ma ma\u00eetresse. Elle n\u2019aime pas ce mot trop possessif. Elle s\u2019appelle ? Elle a trop de noms, je vais l\u2019appeler Babeth, comme mon ma\u00eetre. Elle dit qu\u2019elle aime sa ville o\u00f9 il y a tant de choses \u00e0 faire, activit\u00e9s culturelles, sportives, et que onze minutes de train pour rejoindre Paris c\u2019est top. Elle aime par-dessus tout le clocher de la vieille \u00e9glise, son point de rep\u00e8re, et attend avec impatience sa r\u00e9novation. D\u00e9j\u00e0 l\u2019horloge refonctionne et des fouilles sont en cours. A chaque fois que nous passons devant pour rejoindre la rue Saint Denis, elle l\u00e8ve la t\u00eate et fait une photo. Elle en a toute une collection \u00e0 diff\u00e9rentes heures du jour.<\/span><\/p>\n<p><b>Le plus souvent c\u2019est elle qui me prom\u00e8ne<\/b><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Elle \u00e9crit, une autre passion, et aime bien me raconter ses \u00e9motions lorsque nous d\u00e9ambulons. J\u2019avoue que parfois, elle radote un peu, au cas o\u00f9 je n\u2019aurais pas compris la premi\u00e8re fois. Elle adore la Coul\u00e9e Verte qui n\u2019est qu\u2019\u00e0 deux pas de la maison.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">D\u00e8s qu\u2019elle peut, elle va y faire un tour revigorant comme elle dit. Elle part dans le pass\u00e9 bruyant de ce qui fut la ligne de chemin de fer. Parfois, elle enfreint le r\u00e8glement et le panneau \u00ab chiens interdits \u00bb car elle sait, elle qui aime les animaux, que je ne ferai aucun bruit, ni ne cr\u00e9erai aucune nuisance aux insectes et aux nombreux oiseaux qui y nichent et s\u2019y reproduisent en toute qui\u00e9tude. Souvent elle me prend dans ses bras, et s\u2019\u00e9nerve lorsqu\u2019un chien passe sans collier et sans laisse. C\u2019est trop injuste. Je sens son coeur qui s\u2019acc\u00e9l\u00e8re et son envie de mordre. Je ne moufte pas. Mais elle a raison. Elle me raconte qu\u2019elle a m\u00eame \u00e9crit pour un Clea [Contrat local d\u2019\u00e9ducation artistique] sur la Coul\u00e9e Verte, et elle m\u2019emm\u00e8ne voir le muret de pierres s\u00e8ches et sa t\u00eate de pierre.<\/span><\/p>\n<p><b>Notre coin de nature<\/b><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Elle me raconte, avec enthousiasme en m\u00e9langeant tout, les rails, les aiguillages, les wagons encore en place. Elle me dit que l\u2019aventure a commenc\u00e9 en 1883 et que le clou marqu\u00e9 51 repr\u00e9sente les deux derniers chiffres de l\u2019ann\u00e9e de fabrication de la traverse et que les trains circulaient \u00e0 gauche et que le sens \u00ab Aller \u00bb \u00e9tait appel\u00e9 \u00ab Voie 1 \u00bb. Elle s\u2019arr\u00eate, elle est heureuse, elle repart. Elle m\u2019a pos\u00e9e par terre pour quelques m\u00e8tres. Je hume les odeurs m\u00e9lang\u00e9es qui se r\u00e9pondent, la terre, les fleurs, les arbres. Tout ce petit peuple qui s\u2019est install\u00e9, qui y vit, qui se reproduit. Effectivement quoi de plus beau et \u00e9mouvant.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Un papillon volette, je saute, j\u2019aimerais bien jouer avec lui. Une osmie passe en bourdonnant et va se r\u00e9fugier dans l\u2019h\u00f4tel des insectes. Elle mart\u00e8le, tu te rends compte Margueritte, on est en pleine ville et ici c\u2019est la nature qui a repris ses droits. Un jour elle a trouv\u00e9 une noix, elle aurait pu la manger. Elle l\u2019a simplement repos\u00e9e sur un potelet. Et moi ? J\u2019aurais bien aim\u00e9 la manger.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Ici c\u2019est le r\u00e8gne du street art, il y a de jolies choses, mais aussi de moins belles, et pourquoi tagger les potelets. Il y a assez des ponts et du grand escalier. Je n\u2019aime pas cette odeur de peinture. Je me mets \u00e0 \u00e9ternuer. On s\u2019\u00e9loigne vite. Le calme est revenu. La promenade continue. Les oiseaux chantent, un petit mulot \u00e9gar\u00e9 traverse l\u2019all\u00e9e en courant et va se cacher sous un aiguillage, juste sous mon nez.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">On sort de la Coul\u00e9e Verte. Je suis un peu fatigu\u00e9e. J\u2019ai fait plusieurs kilom\u00e8tres et pour mes petites pattes c\u2019est beaucoup. L\u2019ombre fra\u00eeche laisse la place \u00e0 un soleil radieux qui tape maintenant sur mon cr\u00e2ne. Avant de rentrer, on va faire un petit tour des maisons Leseine, richesse du patrimoine de Colombes ces maisons de la seconde moiti\u00e9 du 19e si\u00e8cle. Un regard \u00e0 l\u2019h\u00f4tel de ville, un bref arr\u00eat chez Coccinelle pour m\u2019acheter une bouteille d\u2019eau, direction 22 avenue Eug\u00e9nie pour regarder les d\u00e9cors sculpt\u00e9s d\u2019une des plus belles maisons Leseine selon elle. Je m\u2019assois. Elle me redonne de l\u2019eau. La bouteille reviss\u00e9e, notre balade va s\u2019achever. En rentrant, j\u2019irai dormir. Je r\u00eaverai peut-\u00eatre d\u2019un parcours zigzagant et odorant sur les traces des glycines et de leur parfum unique et envo\u00fbtant. Il y en a tellement dans Colombes et pas que dans mon jardin.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Elisabeth Regenet-Capuana <\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">R\u00e9f\u00e9rences : \u00ab L\u2019\u00e9pop\u00e9e de la Coul\u00e9e Verte de Colombes \u00bb imprim\u00e9 par Pulsio-Paris 2014<\/span><\/p>\n<p>Illustration : Marion et Andres, atelier photo MJC-La Marine.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9ambulations dans les rues de Colombes d\u2019une chihuahua curieuse.<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":2288,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"cybocfi_hide_featured_image":"","_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[283],"tags":[288],"class_list":["post-2287","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-service-intergenerationnel","tag-ecrit"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/chroniquescolombiennes.chronosetkairos.org\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/Marion_Andres_MM-5_UNE.jpg","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p9VEdz-AT","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniquescolombiennes.chronosetkairos.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2287","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniquescolombiennes.chronosetkairos.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniquescolombiennes.chronosetkairos.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniquescolombiennes.chronosetkairos.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniquescolombiennes.chronosetkairos.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2287"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/chroniquescolombiennes.chronosetkairos.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2287\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2289,"href":"https:\/\/chroniquescolombiennes.chronosetkairos.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2287\/revisions\/2289"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniquescolombiennes.chronosetkairos.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/2288"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniquescolombiennes.chronosetkairos.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2287"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniquescolombiennes.chronosetkairos.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2287"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniquescolombiennes.chronosetkairos.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2287"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}