{"id":2189,"date":"2018-05-14T15:55:42","date_gmt":"2018-05-14T15:55:42","guid":{"rendered":"http:\/\/chroniquescolombiennes.fr\/?p=2189"},"modified":"2023-09-04T15:19:10","modified_gmt":"2023-09-04T15:19:10","slug":"colombes-une-future-ex-dure-a-quitter","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniquescolombiennes.chronosetkairos.org\/?p=2189","title":{"rendered":"Colombes : une future ex, dure \u00e0 quitter"},"content":{"rendered":"\n<p>Aujourd\u2019hui, aller tra\u00eener dans certains coins de Colombes, c\u2019est un peu comme recoucher avec une ex dont je serais amoureux, mais qu\u2019il faut imp\u00e9rativement que j\u2019oublie de mani\u00e8re d\u00e9finitive pour des raisons de sant\u00e9 mentale. Sur le coup, c\u2019est cool, agr\u00e9able, \u00e7a a le go\u00fbt et l\u2019odeur de l\u2019\u00e9poque, et apr\u00e8s, je me sens vieux, seul, triste, fatigu\u00e9 et encore plus attach\u00e9. Comme si je sniffais une grosse trace d\u2019ocytocine [hormone dite \u00ab de l\u2019attachement \u00bb] de nostalgie. Quitter Colombes, pour un m\u00f4me qui y a grandi, c\u2019est pas si simple. Parce que c\u2019est une vraie ville attachante. Petit tour des spots qui me filent les larmes.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La rue Wiener.<\/strong> Quartier r\u00e9sidentiel tranquille, qui, si on a un poto qui y habite, devient un lieu formidable pour se bourrer de dragibus \u00e0 la sortie du coll\u00e8ge. A tous les ados contemporains qui ne connaissent pas, je file le plan. Gratos, d\u00e9sol\u00e9 pour les riverains. J\u2019y ai mat\u00e9 le ciel en m\u2019empiffrant de saccharose, fi\u00e8rement camp\u00e9 sur un gros bouzin en pierre, tentant de persuader mon pote mort de rire que, si !, un \u00ab a\u00e9rovrombisseur \u00bb \u00e9tait bien un objet sexuel. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, quelques souvenirs m\u00e9morables de parties de foot endiabl\u00e9es sur un vieux terrain en sable pourrave qui ouvrait les avant-bras quand on tombait dessus. Petits chanceux, maintenant, y\u2019a du synth\u00e9tique. C\u2019est aussi l\u00e0 qu\u2019un co\u00e9quipier de foot, dont je tairai le nom, vendait de la beuh coup\u00e9e \u00e0 l\u2019herbe de Provence aux petits bourges du quartier pavillonnaire proche. \u00c7a se fait pas, reprenez pas le tuyau, c\u2019est quand m\u00eame interdit, la beuh. Et maintenant, l\u2019herbe de Provence est bourr\u00e9e de pesticides. Pas cool d\u2019empoisonner les mouflets.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le spot \u00e9glise\/mairie de Colombes.<\/strong> La vraie salle omnisport de Colombes au milieu des ann\u00e9es 2000. On nous a cass\u00e9 la binette toute notre enfance avec les J-O de 1924. Mon cul. L\u00e0 o\u00f9 \u00e7a se passait, c\u2019\u00e9tait sur les marches de la mairie et de l\u2019\u00e9glise (la nouvelle, celle qui est vraiment hideuse). Jeunes skateurs qui tapaient des figures au sol, du \u00ab flat \u00bb, comme on dit dans le jargon. M\u00f4mes en rollers qui ridaient sur les marches (c\u2019est pourquoi celles de l\u2019\u00e9glise sont d\u00e9sormais affubl\u00e9es d\u2019\u00ab anti-skates \u00bb). Pour l\u2019observateur averti, on notera que les bancs, face \u00e0 l\u2019\u00e9glise, sont encore blind\u00e9s de \u00ab wax \u00bb, souvent fabriqu\u00e9e \u00e0 base de bougie d\u2019appartement pour faire glisser rollers et skates dessus malgr\u00e9 les nombreux nettoyages des services municipaux, ce qui leur donne un aspect proprement d\u00e9gueulasse, mais qui me file chaque fois un coup de nostalgie m\u00e9morable. Et enfin, un terrain de foot l\u00e9gendaire, celui de la mairie, pas tellement connu pour la qualit\u00e9 de ses buts (y\u2019en a pas), mais plut\u00f4t parce qu\u2019il laisse de l\u2019espace et que quand on y commence une partie \u00e0 cinq, rapidement, on se retrouve \u00e0 quinze. Bon plan pour taper la balle sans pousser jusqu\u2019au Racing m\u00eame s\u2019il me semble bien qu\u2019un panneau doit l\u2019interdire.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La MJC.<\/strong> Institution colombienne. Ses s\u00e9ances de cin\u00e9 pour les centres a\u00e9r\u00e9s, ses activit\u00e9s extra-scolaires abordables. Mais le plus sympa, \u00e7a reste ses spectacles de fin d\u2019ann\u00e9e, o\u00f9 les daronnes font de la danse orientale et les jeunes du modern\u2019jazz ou du hip-hop.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le Cadran contre le blues du dimanche soir.<\/strong> Rade incroyable qui a vu passer entre autres Jimmy Hendrix, Polnareff ou Louise Attaque et qui a ferm\u00e9 cet \u00e9t\u00e9 pour laisser place \u00e0 des logements. Il devrait rouvrir face \u00e0 la gare. Un tien vaut, se dit-on, mieux que deux tu l\u2019auras. En attendant, c\u2019est l\u00e0 que les groupes de zicos des coll\u00e8ges ou lyc\u00e9es colombiens venaient faire leurs premiers concerts, dans la salle mythique. Premiers demis, rigolades. C\u2019est aussi l\u2019endroit o\u00f9 un petit mec se faisait servir des kirs et s\u2019occupait du r\u00e9assort de la biblioth\u00e8que. Les gens venaient et pouvaient emprunter un bouquin, \u00e0 condition de le ramener ou d\u2019en mettre un autre. Et puis, les jeux d\u2019\u00e9checs et de dame, dispos\u00e9s pour que tout le monde puisse les utiliser. Un lieu social, vivant, avec les clients bourr\u00e9s qui s\u2019engueulent, ses habitu\u00e9s qui font des trous dans le zinc avec leurs coudes pos\u00e9s dessus et ceux qui viennent taper le demi ou tout juste tuer le temps et se r\u00e9chauffer le ventre. Si \u00e7a ne r\u00e9ouvre pas, un bout de Colombes sera mort.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La piscine de Colombes.<\/strong> Plus de 5 m\u00e8tres dans la fosse, sous les plongeoirs ! Ce n\u2019est pas sans fiert\u00e9 que je vous informe du fait capital que j\u2019ai touch\u00e9 le fond ! Tous les mouflets des coll\u00e8ges alentours y ont pass\u00e9 des plombes \u00e0 apprendre \u00e0 nager. Meilleur spot de l\u2019histoire pour choper des verrues plantaires, aussi. Lieu l\u00e9gendaire, avec son plongeoir de 10 m\u00e8tres. Tous les gar\u00e7ons un peu pr\u00e9tentiards ont voulu sauter de tout en haut. J\u2019en connais aucun qui n\u2019ait franchi le pas. Faut dire qu\u2019un professeur particuli\u00e8rement malin et philosophe nous avait \u00e0 l\u2019\u00e9poque inform\u00e9s qu\u2019en \u00e9cartant quelque peu les jambes lors du saut, nous risquions d\u2019y laisser nos attributs. La psychologie est parfois bien plus efficace que la coercition.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le parc de l\u2019Ile Marante.<\/strong> Haut lieu de centre a\u00e9r\u00e9, o\u00f9 tous ceux qui n\u2019\u00e9taient pas gard\u00e9s par leurs parents le mercredi, ont pratiqu\u00e9 les pique-niques sandwich-chips et les parties de foot \u00e0 45 sur terrain en pente, voire les batailles d\u2019eau \u00e0 l\u2019aide des bouteilles fournies par l\u2019\u00e9cole et pour seul point d\u2019eau la fontaine du parc. Spot \u00e0 sportifs o\u00f9 il est possible de faire son footing poursuivi par des pitts de 30 kilos mal tenus en laisse. Point n\u00e9vralgique des promeneurs du dimanche des quartiers pavillonnaires du coin, repus au Saint-Emilion et digeos de qualit\u00e9 ainsi que des prolos nourris \u00e0 la graisse de k\u00e9bab. Bref, un lieu d\u2019illusions de m\u00e9lange des classes, parce que chacun reste dans la sienne, mais o\u00f9, plus ou moins, tout le monde se retrouve.<\/p>\n\n\n\n<p>Parfois, quand on n\u2019a plus les mots, faut emprunter ceux des autres. Dans le cas d\u2019esp\u00e8ce, je penche pour Orelsan car je n\u2019aurais pas dit mieux.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Ma ville est comme la premi\u00e8re copine que j&rsquo;ai jamais eue<\/em><br><em> J&rsquo;peux pas la quitter, pourtant, j&rsquo;passe mon temps \u00e0 cracher dessus<\/em><br><em> Parler du beau temps serait mal regarder le ciel<\/em><br><em> J&rsquo;la d\u00e9teste autant qu&rsquo;je l&rsquo;aime, s\u00fbrement parce qu&rsquo;on est pareil<\/em><br><em> On a tra\u00een\u00e9 dans les rues, tagu\u00e9 sur les murs, skat\u00e9 dans les parcs, dormi dans les squares<\/em><br><em> Vomi dans les bars, dans\u00e9 dans les bo\u00eetes, fum\u00e9 dans les squats, chant\u00e9 dans les stades<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Dans ma ville, Orelsan (parlant de Caen)<\/p>\n\n\n\n<p>Mathieu Blard<\/p>\n\n\n\n<p>Illustration : Leslow Biernacki, Ehpad Marcelle Devaud<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Aujourd\u2019hui, aller tra\u00eener dans certains coins de Colombes, c\u2019est un peu comme recoucher avec une ex dont je serais amoureux, mais qu\u2019il faut imp\u00e9rativement que j\u2019oublie de mani\u00e8re d\u00e9finitive pour des raisons de sant\u00e9 mentale. 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